Le Pinocchio selon moi

Cher Pinocchio,

Je t’écris cette lettre parce que depuis quelques temps, je n’arrête pas de penser à toi. Je crois que la première fois que je t’ai lu, c’était à l’âge de neuf ans. J’ai un souvenir extraordinaire de toi, marionnette, qui se foutait du monde en faisant le gentil pour devenir enfant. Mais dès que le monde te quittait des yeux, tu redevenais une peste.

La deuxième fois que je t’ai lu, j’avais treize ans et la chose qui m’a surpris c’est l’Happy End. Devenir « enfant ». Et je me suis demandé si vraiment c’était ça que tu désirais. Je me demandais, surpris, comment les hommes pouvaient se permettre de t’asservir, de t’imposer des codes. Toi, fou, curieux, artiste avec une aura surhumaine. Je voyais en tout ça un sacrifice et une perte de liberté dévastatrice. Et je me suis demandé si tu revenais pour te rebeller.

La troisième fois, cher Pinocchio, je t’ai vu dans un film, oui, vraiment dans un film qui s’appelait Les aventures de Pinocchio de Luigi Comencini, et là j’ai senti que tu revenais. Je me suis rendu compte de ton malaise, de ta solitude de marionnette et d’enfant de bois, de ton être manipulé par les adultes et régulièrement abandonné à toi-même : et je me suis identifié à toi, à ton parcours cathartique, fait de progrès, de retour en arrière, de tentations faciles et de solution difficiles, de cruautés et de courages. Et tout ça est devenu une métaphore de la vie, en même temps tragédie individuelle et collective : pas vraiment une fable qui finit bien. Dans les affirmations de tous les personnages, je trouvais le sens profond de tous les aspects de l’âme humaine et tout ça générait en moi un trouble extrême et des réactions émotives très fortes. Et là, j’ai compris que Renoir avait raison quand il disait qu’il y a toujours une raison quand on est méchant.

La quatrième fois, je t’ai rencontré par hasard. Il y a deux ans, chez des amis. Même film, même réalisateur, mais en français. Je t’ai regardé en silence en essayant de retrouver tout ce que j’avais ressenti des années auparavant…. J’ai vu un chat et un renard très fatigués, un Mangiafuoco trop peu monstrueux pour être aimé, un Gepetto dont le fils n’était pas la source d’existence et surtout un Pinocchio qui s’amusait vraiment moins à mettre le couteau dans la plaie.

Et je me suis dit : je vais essayer.

Les images sont les mêmes : j’interviendrai sur le doublage. Je veux que le spectateur vive les mêmes émotions que les miennes, celles que j’ai ressenties la première fois. On doublera en live. Je pousserai l’acteur à transmettre au public un trouble tellement dense qu’on pourra le couper avec un couteau. En complément, je ferai confiance à la sensibilité d’un musicien qui recréera avec pour guide le comédien et non les images extraordinaires.

Je sens qu’une nouvelle vie sera donnée à ce film fabuleux. Je serai peut-être plus méchant que Luigi mais je te permettrai de poursuivre tes aventures…

Amitiés,
Massimo Dean

Pinocchio et l’Italie

Pinocchio est un véritable mythe moderne, qui, après la mort de son inventeur, c’est-à-dire avec le début du vingtième siècle, a connu une diffusion mondiale qui connaît peu de précédents (le pantin de bois devient l’égal de Peter Pan, ou d’Alice au pays des merveilles).

En 1940, les studios de Walt Disney lui ont donné un élan supplémentaire avec la réalisation et la diffusion mondiale d’une adaptation en dessin animé. Celle-ci constitue cependant, à tous points de vue, une trahison du récit originel.
Un tel succès ne va pas, en effet, sans une progressive dilution du récit premier, notamment son ancrage dans une réalité géographique (italienne, plus précisément toscane), et historique (en l’occurrence une représentation de la misère paysanne).
Ces deux éléments font retour dans le film de Comencini, sans doute l’adaptateur cinématographique le plus fidèle en même temps que le plus inspiré.

Le avventure di Pinocchio est un classique de la littérature italienne. Son auteur, Carlo Lorenzini, dit Collodi (1862-1890) était journaliste, traducteur en italien des contes de langue française, qui l’ont manifestement influencé. Œuvre de maturité, L’histoire d’une marionnette — son premier titre, lors de la publication en feuilleton — est un roman complexe, d’une grande richesse, qui ne se limite pas à son apparence de traité pédagogique édifiant.

Au-delà de l’histoire de Pinocchio et de ses aventures, Luigi Comencini s’efforce à un panorama sans concession de la situation sociale de l’Italie en cette fin de XIXe siècle. Une situation marquée par la misère, la faim, la déshérence. Dans de multiples scènes, Comencini montre cette détresse.

On pourrait tenir Pinocchio pour le troisième volet d’une trilogie de Luigi Comencini consacrée à l’enfance, plus précisément aux relations parents/enfants, et plus particulièrement encore père/fils.
Ainsi les deux films précédant Pinocchio sont, d’une part un film en costumes pour le cinéma qui s’intitule significativement Enfance, vocation et premières expériences de Giacomo Casanova, Vénitien (traduction littérale du titre original du film dont le titre français est : Casanova, un adolescent à Venise, 1969) ; et une enquête pour la télévision sur les enfants des rues, I bambini e noi (Les enfants et nous, 1970).

Sans compter l’un des premiers courts-métrages de Comencini : Bambini in città (Enfants dans la ville, 1946), et l’un de ses tous derniers films, Un enfant de Calabre, 1987, qui raconte encore l’histoire d’un enfant qui veut devenir champion de course à pied.

Le film Le avventure di Pinocchio de Luigi Comencini

Les vidéos

Dossier de presse

PDF - Dossier de presse

Avec la participation extraordinaire du film : Le avventure di Pinocchio de Luigi Comencini
Conception et mise en scène : Massimo Dean
Création musicale et musique live : Olivier Mellano
Jeu : Vincent Guédon
Création sonore : Fabrice Tizon
Production : Kali&co
Co-production : Festival Travelling – Rennes/Festival Les Tombées de la Nuit – Rennes

« Kali&co à travers les artistes qui la composent, pose comme objectif prioritaire l’univers théâtre — théâtre comme plaisir d’être sur le plateau et plaisir du jeu : la gourmandise des couleurs, des sons et des choix musicaux.

Kali&co reconnaît au sacré la capacité théâtrale de durer au-delà des idéologies plus récentes comme le fascisme ou le communisme.

Et en tant qu’hommes de théâtre, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur cela. Nous devons restituer le théâtre à Hercule et à ses travaux légendaires. Comme l’Ame de Platon, le théâtre a besoin de ses travaux pour se souvenir, pour restituer un corps ailé, sa propre fraîcheur d’origine ; la source moins domestique et plus sauvage.

L’écriture contemporaine est également essentielle pour Kali&co. L’association poursuivra par conséquent ses recherches en la matière. »

Massimo Dean

12 décembre 2017

Lecture du texte
« Un jour de pluie »
D’ascanio Celestini
Lycée Bréquigny-Rennes

24 et 25 novembre 2017

Gigot Love
Bukta Paktop
Bruxelles – Belgique

3 novembre 17 décembre 2017

Résidence de création
Projet Celestini – Tome 3
Lycée Bréquigny – Rennes

23 settembre 2017

Iliade.
Uno studio di eroi quasi invincibili
Arci Aur-Ora-Piccolo Teatro
Ora-Italia

7-8-9 juillet 2017

Gigot Love
Festival « Tombées de la nuit »
Rennes

02 juillet 2017

Gigot Love
Festival « Vent de Vilaine »
15h – Pont-Réan